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Imaginez un modèle d’urbanisme qui bouleverse totalement votre vision de la ville idéale. Prémices d’eugénisme ou simple conception d’univers parfait ? La Cité du soleil imaginée par Tommaso Campanella, en 1602, continue de dérouter nos esprits modernes.
La Cité du soleil est un modèle d’urbanisme décrivant l’organisation détaillée d’une ville imaginaire située sur une île proche du Sri Lanka. La cité est décrite notamment sur sa politique, son système éducatif, les relations entre les personnes, sa préparation militaire, les valeurs de la cité, la religion et son système judiciaire.
Tommaso Campanella est un prêtre de l’ordre des Jacobins, mais également un poète, philosophe et astrologue. Il est emprisonné en 1602 pour hérésie et condamné pendant 27 ans. C’est lors de son séjour en prison à Naples qu’il écrit et publie son livre la Cité du Soleil. Ce livre est fortement inspiré de ses intérêts pour la politique, l’astrologie et la connaissance en général. Il y décrit un nouveau modèle de vie.
L’ouverture d’esprit de Campanella le pousse à s’ouvrir vers de nouvelles idées qui ne sont pas très bien vues à son époque. Il est fortement inspiré par plusieurs œuvres notamment la Somme théologique (traité de théologie souhaitant rassembler toutes les idées, objections et connaissances théologiques sur un thème) de Thomas d’Aquin et le Discours de la méthode de René Descartes. Marqué par ce type d’ouvrage, Campanella prône alors une monarchie avec un être tout-puissant à sa tête pour unifier les Hommes et décidant de tous les aspects de la vie de chacun.
Exposé des principes du modèle
Présentation du modèle

©Futura sciences
Cette œuvre intitulée “Tránsito espiral” de Remedios Varo (1918-1963) fait explicitement référence à la cité utopique de Campanella. Elle représente des caractéristiques parfaitement identiques à la Cité du soleil telles qu’une forme circulaire, une protection par des remparts et la présence d’un temple central accompagné de son esplanade.
Exemple de mise en pratique du modèle

Auroville, située en Inde dans le district de Viluppuram dans l’État du Tamil Nadu (12° 00′ 25″ nord, 79° 48′ 38″ est), est un exemple de concrétisation des idées de Campanella en lien avec le fondement astrologique et spirituel de la Cité du soleil.
Auroville est une ville de 3 330 habitants et de 25 km² crée par Mira Malfassa (= la mère), qui s’articule autour de 4 grandes directives :
- La ville appartient à l’humanité entière, mais pour y rentrer, il faut être le serviteur volontaire de la conscience divine. Cette idée évoque le même degré d’importance fondamentale de la spiritualité que celui décrit par Campanella. L’appartenance collective rappelle également l’absence de propriété individuelle au sein de la Cité du soleil.
- L’éducation et le progrès sont constants pour que la population ne vieillisse jamais. Cette idée fait référence à l’importance de la connaissance et du savoir, qualités primordiales chez les solariens et critère de sélection ultime du prêtre Soleil.
- La ville souhaite également être une passerelle entre le passé et l’avenir ce qui rappelle l’importance qu’octroient les solariens à la connaissance du passé, des peuples et des modes de commerces des autres peuples afin d’échapper aux vices des sociétés qui lui sont contemporaines.
- Auroville cherche finalement à s’affirmer en tant que lieu éminent de recherches matérielles et spirituelles. Cette idée rappelle l’effort scientifique de recherche qui est quotidiennement entrepris par les prêtres de la Cité du soleil.
Auroville a été construite en forme de galaxie et peut accueillir jusqu’à 50 000 habitants. On retrouve au centre de la ville le matrimandir (maison de la mère), l’âme du lieu, autour duquel s’articule quatre pôles : la zone culturelle, zone internationale, zone industrielle et zone résidentielle. Ce pôle central spirituel rappelle sans aucun doute le temple central de la Cité du soleil.
La ville ressemble beaucoup à la cité du soleil d’un point de vue spirituel, sa structure est articulée essentiellement autour du développement spirituel des habitants et se base en partie sur le système solaire (structure ou prises de décisions). Les deux villes s’articulent toutes deux en grands pôles reliés par des voies de circulation et accordent une grande importance à l’éducation de la jeunesse, à la mémoire et valeur culturelle ainsi qu’au savoir.
La principale différence qui distingue les deux villes est liée à la procréation. La Cité du soleil est effectivement la seule des deux qui procède au contrôle total de la procréation via les choix des prêtres (qui n’est pas sans rappeler la notion d’eugénisme) et le contrôle des périodes de procréation selon les cycles astrologiques.
Conclusion
Pour conclure, la Cité du soleil de Tommaso Campanella décrit la société idéale du point de vue de l’auteur en 1602. Cette société est fondée sur le savoir, la communauté et l’ordre. Sa construction spatiale est organisée en sept cercles entourant un temple central dirigé par un prêtre suprême, le “Soleil”. La cité est gouvernée par la science, l’astrologie et la spiritualité. La propriété n’existe pas, tous les biens sont collectifs. Le travail est partagé et limité à quatre heures par jour. La procréation est entièrement gérée par les prêtres du temple et uniquement contrôlée sous une vision de “bien commun”.
Selon nous, l’idée de communautarisme est une bonne chose, car elle permet de rassembler les habitants et de favoriser l’entraide. De plus, le système éducatif proposé est très intéressant, car il développe la curiosité de l’enfant sur tous les sujets. Nous déplorons cependant l’éloignement entre l’enfant et ses parents, car nous considérons que cette proximité est aussi nécessaire pour son développement. L’idée d’un apprentissage avec des murs pédagogiques dispersés dans la ville nous semble aussi très intéressante, car elle permet de prolonger l’éducation hors de l’école. Enfin, l’idée de ville circulaire est pratique pour répartir équitablement les habitants à partir du centre.
Nous n’approuvons cependant pas du tout le contrôle de la procréation qui soulève notre indignation vis-à-vis de sa ressemblance notable avec l’eugénisme. Enfin, selon nous, le système politique de la cité devrait être revu, car il repose sur un système méritocratique qui pourrait amener à des dérives et à des jalousies entre les habitants.
Sources
Cité du Soleil – Tommaso Campanella – Critique libre : https://critiqueslibres.com/i.php/vcrit/43742
Cité du Soleil – Tommaso Campanella – Wikipédia :
Livre de la Cité du soleil en version PDF de Tommaso Campanella :
http://philosophie.ac-besancon.fr/wp-content/uploads/sites/36/2023/09/cite_du_soleil-1.pdf
La Cité du soleil ou idée d’une république philosophique :
Fiche de lecture – La Cité du soleil de Tommaso Campanella :