La ville éponge

I Genèse de la ville éponge

Tianjin Qiaoyuan Park, Chine Image via Wikimedia Commons by Mydogistiaotiaohu (CC BY-SA 4.0).

Yu Kongjiang est un architecte paysagiste devenu célèbre pour avoir élaboré le concept de ville éponge au début des années 2000 et réalisé de nombreux aménagements et conceptions paysagères. Sa source principale d’inspiration fut son village d’enfance auquel il était profondément attaché. Ce dernier, très typique des villages d’eau de la région de Jiangnan en chine, était proche d’un ruisseau et bordé par de nombreux étangs. Il a donc grandi au plus près de l’eau tout en vivant constamment avec les contraintes et les avantages que cela peut engendrer. Autrefois agricole, son village à connu des changements majeurs avec notamment la construction d’un barrage autour des années 1980. Le réseau d’irrigation de sa province en fut bouleversé et complètement dénaturé. Son modèle d’urbanisme s’inspire donc de sa terre natale avec pour idée principale de reconnecter l’humain et l’urbanisme, avec l’eau et la nature. Ce fut à la suite d’importantes inondations dans la ville de Pékin qu’il développa son concept.

Longuement critiqué par ses pairs, son modèle a été par la suite reconnu et adopté notamment par le gouvernement chinois afin d’améliorer la gestion de l’eau, de rendre les villes plus durables et résilientes face au changement climatique.

Au cours de sa vie, il fonda notamment son bureau d’architecture paysagère nommé Turenscape, avec lequel il réalisa plus de 1000 projets d’aménagements dans près de 250 villes différentes. Malheureusement, ce visionnaire perdit la vie en 2025 à l’âge de 62 ans dans un crash d’avion lors d’une étude scientifique sur les zones humides au brésil.

II Le Modèle

De nos jours, la majorité des modèles d’urbanisme cherchent à maîtriser l’eau en ville que ce soit par le contrôle ou par la force. L’homme construit des digues, des barrages et remplace la nature par le béton. Il installe également des réseaux d’évacuation afin d’éliminer rapidement et efficacement l’eau en ville.

Cependant Yu Kongjiang s’oppose à cela et cherche plutôt à ralentir l’eau qui arrive en ville. Le but étant que l’eau s’infiltre le plus possible afin de recréer le cycle naturel de cette dernière. 

Le concept d’éponge illustre bien son idée. La ville, selon lui, doit être capable d’absorber, stocker, puis restituer l’eau. Cela est permis par la présence de la nature, d’infrastructures adaptées et d’une conception spécifique de son modèle qui permettent une gestion optimale de la ressource en eau. Les constructions humaines ne doivent pas être un obstacle pour cette dernière, mais au contraire la laisser passer avec par exemple des matériaux et revêtement perméable. 

Une ville éponge, de par sa conception, est naturellement plus résiliente face aux fortes intempéries, inondations ou encore face aux effets du changement climatique en général. Ces capacités sont permises par des aménagements que nous allons détailler ci-dessous : 

III Applications existantes

A La transformation de Berlin

Quartier de Grünau, Berlin, Allemagne

Carlo Becker architecte paysagiste a apporté le concept de ville éponge en Allemagne. Il a participé à la transformation de la ville de Berlin.

Dans le quartier de Grünau au sud-est de Berlin, on retrouve des berges plantées de roseaux autour de 3 bassins de différentes profondeurs : Un de 40 cm, un autre de 85 cm et un troisième de 1,35 m de profondeur soit un volume de 3 millions de litres.

Ils récupèrent l’eau de pluie de la zone. En effet, l’eau qui arrive sur les toits des immeubles finit dans ces bassins. 

Cette solution permet d’éviter les inondations et permet donc de répondre aux problématiques du changement climatique qui conduisent à de fortes précipitations à Berlin.

Cette zone apporte au quartier d’autres avantages. Par exemple, l’été, l’évaporation de l’eau rafraîchit l’air. Selon les habitants, cette installation est plus esthétique et crée un lieu de rendez-vous pour les familles.

On retrouve d’autres projets dans le reste de la ville comme des citernes souterraines, des toits végétalisés ou encore des dalles en gazons.

Dans les anciens quartiers qui sont plus difficilement modifiables, des petits projets sont aussi en cours comme l’installation de petits conduits, le retrait de places de parking ou encore la mise en place de pavés avec des espaces entre les pierres pour permettre l’infiltration de l’eau.

Berlin a l’objectif d’arriver à 30% de sa surface urbaine comme ville éponge avant 2033.

Quand Berlin se transforme en ville-éponge pour lutter contre les phénomènes climatiques extrêmes, Sébastien Baer sur France inter, 27 novembre 2023

B Reconversion de la ville Nanchang : De la poubelle au joyau bleu

Ville de Nanchang, Chine

Le bureau d’architecture paysagère Turenscape a transformé un quartier de la ville de Nanchang.

Nanchang, ville du sud-est de la Chine, se trouve dans la zone inondable du Yangsté, le plus long fleuve d’Asie.

Le quartier, un ancien site de déversement des cendres de charbon provenant des centrales électriques de la ville, a été entièrement modifié par Turenscape. La conception, qui a débuté en juin 2017, a abouti à la création du « Fishtail Park », un parc de 50 hectares servant de zone de recueil des eaux pluviales afin de prévenir les inondations durant la mousson.

Les eaux pluviales se déversent dans une zone humide qui les filtre, puis les relâche dans le lac.

Le lac est l’élément central du dispositif. Il peut accueillir jusqu’à 1 million de mètres cubes d’eau de pluie, permettant de se protéger des crues qui surviennent environ tous les 20 ans.

Au milieu il y a une forêt sous la forme d’une île. Elle est accessible par des pontons où l’on peut se promener quand le niveau de l’eau n’est pas trop élevé.

Le parc comprend également des aires de jeux, des prairies et des plages qui peuvent être des lieux de détente.

Les promenades et les plateformes, conçues en béton préfabriqué, sont détachées du sol et flottantes. Elles peuvent ainsi être facilement nettoyées après avoir été immergées, tout comme les bancs, qui sont en aluminium.

Une piste cyclable et une voie de service longent le périmètre du parc.

L’entreprise a ainsi réussi à transformer un secteur dégradé en une zone de loisir et de protection efficace contre les inondations durant la mousson.

IV Pour conclure

Yu Kongjiang a insufflé le modèle de la ville éponge, ponctuellement adopté dans le monde entier, sous forme de ville, quartiers, ou petits aménagements. Il est important de noter l’intérêt grandissant pour ces villes résilientes à cause des tendances climatiques actuelles et de la montée globale de l’eau. Ces exemples montrent qu’il est possible de vivre en conciliation et non en conflit avec la nature, pour ne plus avoir à subir les variations météorologiques telles que les inondations et les sécheresses. Les défis de renaturations et de perméabilisation des villes restent un challenge non négligeable. Notamment dans les vieilles villes, construites sur d’anciens concepts, qui ont empiété sur les espaces aquatiques et la nature pendant plusieurs siècles.

MORIN Ewan, SOLIGNAC Gabi et TIFFAY Baptise