La ville selon Philippe Rahm

“La forme suit le climat et la fonction suit la forme qui suit le climat.”, Philippe Rahm

Introduction du modèle

Philippe Rahm est un architecte suisse connu pour son approche innovante de l’architecture et de l’urbanisme reposant sur des facteurs climatiques et météorologiques. Diplômé de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) en 1993 et à la tête de sa propre agence d’architecture depuis 2008, Philippe Rahm Architectes, il cherche à intégrer les paramètres climatiques au sein de l’architecture pour créer des espaces qui s’adaptent au changement climatique et améliorer le confort de ceux qui les occupent.

L’urbanisme était traditionnellement basé sur le climat et la santé. Ainsi, l’exposition au vent et au soleil, les variations de température et d’humidité influençaient l’architecture. Cependant, cela a changé dans la seconde moitié du XXe siècle à cause de l’énorme utilisation d’énergies fossiles, qui participent aujourd’hui au réchauffement climatique. Le modèle de l’architecture météorologique est donc en quelque sorte réapparu pour répondre aux  limites de l’architecture moderne. 

Rahm suggère que l’architecture n’est pas uniquement une affaire du visible mais de création d’un climat habitable pour l’humain. Avec son agence, l’architecte a déjà pu réaliser des travaux au quatre coins du monde en suivant son modèle d’architecture météorologique. En effet, il a notamment réalisé des parcs, un café à 3 temporalités ou encore des études sur la lumière. L’architecte a également écrit plusieurs livres où il parle de son modèle d’architecture météorologique.

Les principes fondamentaux du modèle

Selon Philippe Rahm, la ville ne doit pas être vue comme faisant partie d’un climat unique mais plutôt comme une multitude de microclimats distincts qui dépendent des structures et des surfaces. Le modèle a pour objectif de limiter les îlots de chaleur urbains définis comme des espaces dont les surfaces artificielles absorbent, stockent et rejettent la chaleur, augmentant ainsi la température en ville. Afin de limiter ces derniers, il y a trois piliers à prendre en compte : l’albédo, le vent et les espaces verts.

L’albédo est la part des rayonnements solaires qui sont renvoyés vers l’atmosphère. Ainsi, les surfaces blanches réfléchissent les rayons et donc la chaleur et les surfaces sombres les absorbent. Entre le bitume et les toitures, les villes ont en général des albédos très faibles. Il faudrait donc rendre blanches les surfaces minérales horizontales pour éviter cet effet d’îlot de chaleur urbain.

Le vent est également un mécanisme essentiel pour limiter ces îlots de chaleur. La convection est un moyen efficace d’évacuer l’air chaud et d’apporter de la fraîcheur. Ainsi la création de corridors de ventilation par l’aménagement urbain est nécessaire pour favoriser la pénétration des vents d’air frais provenant des zones périphériques comme les forêts, les zones rurales ou les plans d’eau. En plus des corridors, la densité et l’orientation du bâti doit être prise en compte pour favoriser la circulation de l’air.

Le troisième pilier repose sur l’utilisation de la végétation et des espaces verts pour rafraîchir les différents secteurs urbains. Par opposition aux surfaces minérales qui accumulent la chaleur, les espaces verts apportent de la fraîcheur par le principe d’évapotranspiration. La combinaison de ces derniers avec le vent permet de limiter les îlots de chaleur. Les espaces verts deviennent plus que des éléments décoratifs, ils sont des infrastructures climatiques nécessaires. 

De ce fait, Rahm pense une architecture en accord avec les éléments, s’engageant ainsi dans les enjeux environnementaux de notre siècle.

Exemple concret d’application du modèle

En 2019, Philippe Rahm a gagné un concours portant sur l’aménagement de deux friches ferroviaires de Milan, l’une au nord-est de laville, Farini, l’autre au sud, San Cristoforo. Pour ce projet, sa stratégie a consisté à créer des “limpidariums” pour dépolluer et refroidir la zone. Il en a imaginé deux : le limpidarium d’aria qui nettoie et rafraîchit l’air entrant ; le limpidarium d’acqua qui dépollue l’eau par phytoremédiation. La phytoremédiation consiste notamment en l’utilisation du métabolisme des plantes dégrader des polluants. Ainsi, ce projet s’inscrit dans le modèle de l’architecture météorologique et s’appuie sur l’utilisation du vent et de la végétation.

Interview réalisée par Jean-Michel Mestres

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Conclusion

Pour conclure, l’architecture météorologique repose sur l’étude de l’environnement et l’adaptation à ce dernier. En effet, cette méthode vise notamment à gérer les températures en s’appuyant sur des éléments tels que l’albédo, le vent ou encore la végétation. De ce fait, l’architecte Philippe Rahm étudie l’urbanisme en fonction des climats qui entoure ces différents projets, il s’adapte à la nature et non l’inverse. Ce modèle d’urbanisme s’inscrit donc parfaitement dans la lutte contre le réchauffement climatique puisqu’il pense des moyens afin d’abaisser la température tout en rejetant l’utilisation d’énergies fossiles.

En définitive, Philippe Rahm propose un modèle urbain qui réconcilie l’architecture avec la nature, sans que l’un ne surpasse l’autre. Il définit ici les bases d’un urbanisme écologique et résilient vis à vis du changement climatique adapté au XIXème siècle.