La cité-jardin finlandaise, selon Heikki von Hertzen

« Quand la nature devient la clé de la reconstruction urbaine… »

Le modèle de cité jardin finlandaise de Heikki Von Hertzen est inspiré du concept de cité-jardin étroitement lié à Ebenezer Howard, le fondateur de ce concept. Avant d’aborder le modèle finlandaise, il est important de s’imprégner de son modèle fondateur. Pour résumer la grande idée de ce modèle, Howard à imaginé un modèle urbain hybride : une ville nouvelle mêlant les avantages de la ville (emplois, services, équipements) et ceux de la campagne (verdure, air pur, proximité avec la nature) dans son ouvrage Garden Cities of Tomorrow (1898).

Dans cet article, nous allons nous intéresser à l’adaptation nordique post seconde guerre mondiale du concept. C’est le modèle de Heikki von Hertzen, directeur de la Fondation du logement finlandaise dans les années 50. Il devient l’un des principaux défenseurs du modèle en Finlande et développe une version modernisée de la cité-jardin, adaptée au contexte nordique. Il conserve les idées générales du concept initial et introduit d’autres caractéristiques : plus dense et plus fonctionnelle.

Nous verrons dans cet article comment le modèle et son application dans la ville finlandaise de Tapiola illustre les problématiques de l’après-guerre. Nous verrons aussi comment Heikki Von Hertzen à proposé un modèle où prime la nature et la mixité sociale pour répondre aux défis de l’après guerre.

Les principes fondamentaux du projet

Le modèle imaginé par Heikki Von Hertzen a pour idée principale le fait que la nature prédomine et que les constructions sont secondaires. La ville s’adapte donc aux formes naturelles existantes en préservant le paysage et la présence de végétation au milieu du bâti. Cela veut dire que le modèle valorise grandement les formes présentes naturellement, qui vont donner un charme à la ville. Il parle ici de « contraste textural agréable ». Ce modèle se définit aussi par le concept d’échelle humaine, une notion assez subjective qui exprime la volonté d’offrir un cadre de vie harmonieux plutôt qu’une organisation spatiale précise. Il ne décrit pas une ville par des chiffres ou des plans détaillés, mais en donne le concept. 

Pour comprendre les différents points de ce modèle et donc les choix de Von Hertzen, il faut se remettre dans le contexte historique. Heikki von Hertzen, juriste devenu directeur de la Fondation du logement finlandaise après la Seconde Guerre mondiale, propose ce modèle pour répondre à des problèmes de crise de logement. En effet, après cette période de guerre, la Finlande doit répondre à des besoins urgents de création de logement. La théorie de Von Hertzen émerge : les problèmes urbains ne peuvent être résolus juste en créant des logements, il veut créer de réelles communautés intégrant les espaces verts et différents services qui rendent la ville vivante. Ce modèle s’oppose donc à la tendance en proposant un modèle qui va à l’encontre de la densité excessive. Les financements pour lancer un tel projet proviennent de l’Etat, pour permettre aux familles en situation de précarité de pouvoir se loger malgré leur manque d’argent. Les sources d’inspiration de ce modèle sont les suivantes : le concept de cité jardin selon Howard, les villes ceintures vertes américaines et Welwyn Garden City de Letchworth.

Voici un citation de Heikki von Hertzen qui permet de comprendre son modèle : 

« Des efforts ont été faits pour concevoir Tapiola à une échelle humaine […] Contrairement à un milieu urbain, à Tapiola la nature prédomine. Sur le plan architectural, les bâtiments sont un facteur secondaire.»

Représentation visuelle :

Exemple concret d’application du projet :

La cité-jardin de Tapiola est une petite ville satellite de 10 000 habitants, située dans la commune d’Espoo à moins de dix kilomètres à l’Ouest d’ Helsinki. Elle fut l’un des premiers programmes de « ville nouvelle » réalisée après la Seconde Guerre mondiale en Europe. A l’époque, Tapiola se démarque du plan global de développement finlandais en répondant à la pénurie de logements tout en proposant un environnement urbain à la fois agréable et économiquement viable. Dans cette optique, la Fondation du logement finlandaise, sous la directive de Von Hertzen, achète 240 hectares de terrain boisé à dix kilomètres du centre d’Helsinki. 

Ce projet urbain, petit par sa superficie d’environ 3,5 km², a connu une grande influence à l’international. Von Hertzen affirme d’ailleurs avoir été en contact avec les fondateurs de villes américaines de Columbia (Maryland) ou Reston (Virginie) lors de leur création. 

« Ils appréciaient la structure administrative de Tapiola […] Ils avaient le même objectif à Columbia […] Je connaissais également très bien Robert Simon, le promoteur immobilier à l’origine de Reston, en Virginie. » Heikki Von Hertzen

Conclusion :

Le modèle de cité-jardin fondé dans les années 50 et développé par Heikki von Hertzen a conservé une portée significative dans l’urbanisme actuel. Parmi ses principes fondamentaux, plusieurs idées ont traversé les époques et impactent encore la manière de penser les quartiers d’aujourd’hui. On peut notamment retenir le rôle central donné à la nature ou encore l’intégration de la mixité sociale, deux concepts largement repris dans les écoquartiers modernes. 

Il est important de préciser que les arguments pertinents de ce modèle ne sont pas les mêmes aujourd’hui que lors de son émergence. En effet ce modèle à été créé pour répondre à des problématiques qui ne sont plus les mêmes de nos jours. Ainsi, ce concept comprend aussi des limites face aux défis modernes de l’urbanisme. Les villes modernes doivent aujourd’hui composer avec la nécessité de densifier plutôt que d’étendre comme le propose le modèle. De même, le caractère autosuffisant de ce modèle apparaît comme obsolète pour les villes et quartiers modernes étant donné la forte interconnexion entre les unités urbaines qui existe dans la société actuelle. Par ailleurs, du fait de son émergence dans un contexte d’après-guerre, l’urgence était de loger les populations et la disponibilité de terrains encore peu urbanisés était fortement différente d’aujourd’hui. Malgré ces quelques aspects pouvant être qualifiés d’archaïques, l’approche de von Hertzen continue d’influencer les réflexions sur les nouvelles villes et sur la place de la nature dans l’aménagement urbain.

Sources :

https://www.jstor.org/stable/43324268

https://shs.cairn.info/revue-vie-sociale-2018-3-page-167?lang=fr

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tapiola_(architecture)