La Ville selon Charles FOURIER

La ville de Charles Fourier est une ville où le partage et l’humanité sont au cœur de son fonctionnement et de ses habitants.

Introduction du modèle

Charles Fourier (1772-1837) est un philosophe français, fondateur de l’école sociétaire. Lors de la révolution, celui-ci n’est pas satisfait des résultats, et reproche à celle-ci de ne pas avoir décisivement amélioré le sort des masses laborieuses. Lors de sa vie, il exerce plusieurs métiers, dont celui de salarié du commerce, où il observe les dérives qu’entraîne les lois du commerce, qui lui paraissent absolument “anti-naturelles, illogiques”.

Le philosophe Charles Fourier rêvait d’une communauté d’individus dont les intérêts et les aspirations, le travail et les amours, seraient en harmonie. Il prend la décision d’écrire son utopie sociale et publie plusieurs ouvrages, dont le plus célèbre en 1829 Nouveau Monde industriel et sociétaire, dans lequel il décrit un modèle de société alternatif, où l’enrichissement des uns ne se ferait pas au détriment des autres, et où les passions individuelles sont admises et mises à profit.

De toutes ses idées, le concept qui connaît une grande postérité est le phalanstère. Contraction de “Phalange” et de “Monastère”, le phalanstère désigne une petite cité composée de bâtiments qui favorisent la vie en communauté des habitants, qui mettent leurs compétences au service des autres et qui partagent leurs ressources. 

Plusieurs disciples ont voulu mettre en œuvre l’utopique société phalanstérienne de Fourier. En effet, une trentaine d’années plus tard, l’industriel Jean-Baptiste André Godin, créateur des poêles en fonte, fait construire entre 1859 et 1884 le « familistère de Guise », dans l’Aisne. Cette coopérative de production prodiguait à ses sociétaires un confort inédit, des services partagés et des avantages sociaux. Le fouriérisme s’est aussi exporté à l’étranger, dès le milieu du XIXe siècle, une trentaine de communautés tentent l’aventure aux Etats Unis, mais ne trouve pas la pérennité escomptée. Encore aujourd’hui, on peut observer des traces d’idées de Fourier comme les habitats partagés pour les SCOP (Sociétés Coopératives et Participatives) ou un aspect plus libertaire dans les ZAD (Zones À Défendre).

Principes fondamentaux du modèle

Charles Fourier souhaite une société alternative dans laquelle l’enrichissement des uns ne se fait pas au détriment des autres et dans laquelle les passions individuelles, même les plus étonnantes sont admises et mises à profit. Selon sa sociologie, douze passions fondamentales doivent être satisfaites : cinq passions sensorielles, quatre passions affectives (l’amour, l’amitié, l’ambition et la famille) et enfin trois passions distributives : la cabaliste (terme de Fourier désignant la passion de l’intrigue), le composite (la passion des associations harmonieuses) et la papillonne (le goût de la nouveauté et du changement). Le but est d’éliminer l’un des vices du monde : l’individualisme. Cette société prendrait la forme d’un phalanstère : contraction de « phalange » et de « monastère ». Il désigne une petite société dont les bâtiments sont pensés pour favoriser la vie en communauté d’associés qui mettent leurs compétences au service de tous et partagent les ressources. 

Concrètement, Charles Fourier présente le phalanstère comme une sorte d’hôtel coopératif pouvant accueillir 400 familles soit environ 2000 personnes au milieu d’un domaine de 400 ha de fruits et de fleurs. Une telle grandeur favorise un contrôle absolu sur tout ce qui s’effectue dans ses murs en plaçant une « tour horloge » centrale dans l’entrée principale. Il y a des arcades et des grandes galeries facilitant les rencontres et la circulation en tout temps. De plus, sont présentes une bourse, un opéra, des ateliers, des cuisines, des appartements privés, de nombreuses salles publiques, une cour d’honneur de six cents par trois cents mètres, une cour d’hiver de trois cents mètres de côté avec des arbres persistants et enfin des jardins et de multiples bâtiments ruraux. La consommation s’organise aussi de manière coopérative : les repas et le chauffage des logements sont collectifs, les services et les biens sont achetés en commun.

Sur son mode de fonctionnement, le phalanstère est dirigé par des représentants élus démocratiquement, se rapprochant d’un État autarcique et d’une Église autonome. 

Tout ce qui a été dit précédemment ne serait que l’essai expérimental de la théorie de Fourier. Sa mise en place nécessite quelques conditions notamment géographiques : le phalanstère doit se trouver près d’un cours d’eau sur un terrain propice à la plus grande variété possible de cultures et à proximité d’une grande ville. D’autre part, le protocole expérimental intègre un certain nombre de prescriptions sociologiques portant sur la structure même du phalanstère, les personnes y habitant doivent avoir des fortunes, des âges et des caractères les plus divers possibles. La consommation s’arrange de façon coopérative : les repas et le chauffage des habitations sont collectifs, tout comme les services et les produits acquis en commun. L’approche du circuit court, de la production à la consommation permet de faire des économies. 

Charles Fourier se trouve face à un dilemme celui de donner le phalanstère en spectacle ou bien de l’isoler de la civilisation qui l’entoure. Sa proximité avec une grande ville ne facilite pas la chose. Cette tension se traduit concrètement dans l’organisation architecturale du phalanstère : entouré d’une palissade destinée à garantir l’intimité du lieu des curieux, l’espace architectural du phalanstère est divisé soit horizontalement soit verticalement afin que les visiteurs soient cantonnés à la périphérie. Il y a donc bien d’un côté une volonté d’exposer en vitrine le phalanstère comme modèle et de l’autre la nécessité d’empêcher les visiteurs d’interférer avec son fragile mécanisme sociétaire.

Représentation visuelle du modèle

Voici une représentation schématique de ce que Charles Fourier imaginait quant à la mise en place expérimentale de son phalanstère.

Exemple concret d’application du modèle

Plusieurs disciples ont voulu mettre en œuvre l’utopique société phalanstérienne de Fourier, fascinés par l’harmonie universelle de celle-ci. En effet, au début du XXe siècle, Joseph Carre (1883-1958), un homme politique local et entrepreneur industriel dirige une papeterie à Pontcharra en Isère. En 1928, il crée une usine de fabrication, de filature et de tissage de la soie artificielle portant le nom de “Viscose”. Afin d’assurer le bon fonctionnement de sa société, il fait bâtir un complexe : la Viscamine. Celui-ci est composé de nombreux bâtiments : l’usine, l’ancienne papeterie réaménagée en entrée du futur complexe, les bureaux, la maison du directeur, 60 immeubles contenant 311 logements, 3 villas, et enfin le phalanstère et son parc au centre du complexe.

Sa société s’applique sur la théorie de Fourier. Effectivement, nous retrouvons le principe des arcades et des grandes galeries facilitant la circulation et les rencontres, la tour d’ordre dominant la construction et en étant le point central, mais aussi la cour intérieure avec les jets d’eau. De plus, le Pontcharra se situe à proximité du cours d’eau du Bréda, similaire au principe du phalanstère de Fourier. Cependant, le phalanstère fonctionne très peu de temps (environ 3 ans).

Conclusion

Le principe de Charles Fourier met en avant la beauté de l’enrichissement mutuel et du partage afin que chaque individu s’épanouisse au sein de la société. Nous pouvons aussi qualifier le phalanstère comme un « phalanstère du quart d’heure », car celui-ci présente tous les services essentiels à la vie quotidienne (sans ce cela soit le but premier de Fourier), actuellement, beaucoup de villes tendent à devenir des « villes quart-d’heure » afin de fournir à ses citoyens un confort de vie. Cependant, le modèle présente certaines limites, car il ne prend pas en compte les enjeux environnementaux, car ceux-ci n’étaient pas présents au XVIIIe siècle. Le côté « social » du principe de Fourier avec la présence de communauté est une belle qualité permettant de mettre en avant l’importance de la solidarité, seulement, il est important de faire attention à ce que cette communauté ne se referme pas sur elle-même . Encore aujourd’hui, on peut observer des traces d’idées de Fourier comme les habitats partagés pour les SCOP (Sociétés Coopératives et Participatives) ou un aspect plus libertaire dans les ZAD (Zones À Défendre). La consommation dite locale est une part importante dans le fonctionnement du phalanstère, ce modèle tend à revenir encore aujourd’hui afin de faire fonctionner l’économie locale, mais aussi favoriser les circuits courts.

Le modèle de Charles Fourier est un principe qui continue d’influencer les pratiques urbaines actuelles malgré que celui-ci présente certaines limites.

Sources

https://www.radiofrance.fr/franceculture/le-phalanstere-la-folle-utopie-de-charles-fourier-1269899

https://revues-msh.uca.fr/sociopoetiques/index.php?id=232

https://grenoble-cularo.over-blog.com/2015/04/pontcharra-cite-de-la-viscamine-et-son-phalanstere.html